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 1593, mort mystérieuse de christopher Marlowe

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chantara
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MessageSujet: 1593, mort mystérieuse de christopher Marlowe   Ven 24 Jan 2014 - 19:56

Christopher Marlowe (baptisé le 26 février 1564 à Cantorbéry – mort le 30 mai 1593 à Deptford) est un dramaturge, poète et traducteur anglais de l'ère élisabéthaine.

Tragédien élisabéthain contemporain de Shakespeare, à deux mois près son jumeau, il est connu pour sa maîtrise du pentamètre iambique, pour ses protagonistes emblématiques, ainsi que pour sa mort violente, prématurée et entourée de mystère. Il passe pour l'un des précurseurs de la tragédie moderne, pour le créateur du vers blanc, et pour père fondateur du drame élisabéthain. Il a eu une existence des plus mystérieuses. Si son talent n'est pas à démontrer, il n'en reste pas moins que ses agissements, en revanche, auraient nécessité de plus amples informations.



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Il meurt à l'âge de 29 ans dans une bagarre qui tourna mal. Du moins, il s'agit de la version officielle. Marlowe était soupçonné de faire partie d'un réseau d'espionnage. Lors de la rixe, il était avec trois hommes qui, selon toute vraisemblance, appartenaient également aux services secrets. Alors, règlement de compte ou vraie dispute ?

Le poète anglais Christopher Marlowe, 29 ans, est poignardé lors d'une bagarre dans une taverne de la banlieue londonienne. Les circonstances exactes de sa mort restent un mystère. Les moralistes puritains présenteront sa mort comme le jugement de Dieu s'abattant sur un poète "obscène". Certains documents montreront que Marlowe était en conversation avec trois hommes liées à des affaires d'espionnage et qu'il était lui-même employé par les services secrets du gouvernement. Marlowe et son contemporain Shakespeare sont les plus grands auteurs de tragédies de la littérature anglaise.

Biographie

Jeunesse



Christopher Marlowe est le fils de John Marlowe, un cordonnier franc-bourgeois de Canterbury, et de sa femme Catherine Arthur. Cet artisan n'est pas riche, mais son métier lui procure cependant suffisamment de ressources pour élever correctement sa famille, qui est nombreuse. À sa mort, il lègue à sa femme, entre autres, quelques bagues en or, des couverts en argent et une centaine de shillings, et chacune des trois filles reçoit un trousseau. Peu de temps avant son quinzième anniversaire, date limite d'admission, Christopher entre comme boursier à la King's School, école secondaire où on apprend à parler et écrire le latin. On ignore pourquoi il y entre si tard, puisque l'admission peut se faire dès l'âge de neuf ans. Il y est inscrit les trois derniers trimestres de l'année scolaire 1578/79, et il y reste aussi sans doute l'année suivante.

Deux ans plus tard, en 1581, il entre au Corpus Christi College de l'université de Cambridge grâce à l'une des trois bourses créées par l'archevêque Matthew Parker. L'obtention de cette bourse contredit l'impression défavorable laissée par son entrée tardive à la King's School, et si son montant ne lui permet pas le train de vie des fils de famille qui vivent aux frais de leurs parents, elle lui évite l'existence misérable des sizars, qui doivent se faire domestiques pour subsister. Il reçoit 1 shilling par semaine de présence réelle à l'université, et les comptes de l'université permettent ainsi de connaître son assiduité, qui n'était pas fameuse (présence de 15 à 19 semaines par an), mais qui correspond à celle des autres boursiers.

On ignore où il passe ses périodes d'absence de l'université, et, les chercheurs en sont réduits aux conjectures pour imaginer comment il subvient alors à ses besoins. Certains pensent qu'il se met au service du gouvernement de la reine ou de quelque grand personnage4. Il obtient le diplôme de Bachelor of Arts à Pâques 1584, 199e sur 231, et son diplôme final de Master of Arts le 31 mars 1587 avec un rang meilleur, mais pour lequel il faut l'intervention du Conseil Privé de la reine.

Suspicions d'espionnage

En 1587, l'université dont il suit les cours — le Corpus Christi College de Cambridge — hésite à lui accorder son diplôme de Master of Arts à cause d'une rumeur selon laquelle il se serait converti au catholicisme romain, et aurait essayé de s'inscrire au lycée anglais de Reims, pour y suivre des études de théologie en vue de devenir prêtre. Il faut que le Conseil privé de la reine intervienne en sa faveur, pour que ce diplôme lui soit finalement remis en même temps que les autres étudiants, lors de la cérémonie solennelle d'investiture du Commencement Day de juillet 1587. Le Conseil privé est alors la plus haute institution du royaume, sorte de ministère responsable, non devant le Parlement, mais seulement devant la reine. Cette intervention se traduit par une note du Conseil privé, écrite par les « Seigneuries » le composant, adressée à la direction de l'université et datée du 29 juin 1587, que le Dr Hotson5 a retrouvée dans les archives du Public Records Office — Acts of Privy Council6. Cette note dit ceci :

« Attendu qu'on a rapporté que Christopher Morley s'était résolu à traverser les mers pour se rendre à Reims et y demeurer, Leurs Seigneuries ont jugé bon de certifier qu'il n'avait jamais eu une telle intention, et qu'il avait toujours agi par ordre et discrètement, rendant ainsi bon service à sa Majesté, et méritant d'être récompensé pour sa conduite loyale. Leurs Seigneuries demandent que cette rumeur soit dissipée par tous les moyens possibles, et qu'il soit confirmé dans le grade qu'il doit recevoir au prochain Commencement Day. En effet, il n'est point du plaisir de sa Majesté que quiconque employé, tel qu'il l'a été, dans des domaines touchant les intérêts du pays, soit calomnié par ceux qui ne connaissent rien du type d'affaires qu'il a traitées. »

Ce document a provoqué d'autant plus de spéculations, qu'on ignore toujours ce qu'il a réellement fait et où il s'est rendu. Fernand Danchin évoque soit l'accompagnement comme secrétaire d'un haut personnage, soit le port d'un message important, soit son appartenance au réseau d'espionnage de Sir Francis Walsingham, « maître-espion » d'Élisabeth Ire , ou du Conseil privé, favorable à la paix et antagoniste des plans de Walsingham. Vu le jeune âge de Marlowe à cette époque, Danchin privilégie dans ses hypothèses plutôt un rôle mineur, tout en reconnaissant son ignorance. De même, il propose comme hypothèse de lieu un voyage en France, d'où Marlowe aurait recueilli de la documentation sur la Saint-Barthélemy, qui lui aurait permis d'écrire ensuite son Massacre de Paris (1593), ou bien en Espagne, comme laisseraient supposer les bribes d'espagnol de son Juif de Malte (1589). Le fait concret et important, qui demeure inexpliqué, est qu'un fils de cordonnier de Cantorbéry a trouvé moyen, à 23 ans, d'intéresser à son sort la plus haute institution du royaume8.

L'écrivain Charles Nicholls avance l'hypothèse selon laquelle Marlowe aurait été recruté alors qu'il était à Cambridge. Les registres de l'époque indiquent effectivement que Marlowe avait à son actif plusieurs séries d'absences de l'université sur des périodes étonnamment longues — plus longues que ce que le règlement de l'université permettait — à partir de l'année académique 1584-1585. Les registres du restaurant scolaire de l'école indiquent qu'il commençait à dépenser des sommes considérables en nourriture et en boisson — plus que les dispositions financières de sa bourse n'autorisaient.

On a parfois émis l'idée selon laquelle Marlowe aurait en fait été le véritable "Morley, tuteur d'Arbella Stuart en 1589. John Baker pense que seul Marlowe pouvait être le tuteur d'Arbella du fait de l'absence d'autre "Morley" diplômé de Cambridge à cette période. Si Marlowe était effectivement le tuteur d'Arbella, cet élément tendrait à prouver que Marlowe était effectivement espion, puisque Arbella, nièce de Marie reine d'Écosse, cousine de Jacques VI d'Écosse, plus tard Jacques Ier d'Angleterre, était à l'époque un candidat prééminent à la succession au trône d'Élisabeth.




Arrestations

À côté de sa carrière de dramaturge, Marlowe mène une existence mystérieuse, turbulente et parfois violente. Le 18 septembre 1589, il s'engage dans une rixe avec un certain Bradley dans Hog Lane, à l'extérieur de la cité. Thomas Watson, un autre poète protégé aussi par Thomas Walsingham comme Marlowe, arrive à ce moment, et, en tentant de s'interposer entre les deux adversaires, Watson tue Bradley d'un coup d'épée. Les deux hommes sont arrêtés et incarcérés à la prison de Clerkenwell. Marlowe est libéré le 1er octobre contre une caution de 40 livres, somme très importante à l'époque, payée par Richard Kytchine et Humphrey Rowland12. Marlowe est acquitté le 3 décembre, Watson, quant à lui, obtient son pardon, étant considéré en état de légitime défense. Cet épisode montre le caractère emporté de Marlowe, et semble une répétition de la scène de sa mort.

En 1592, Marlowe est arrêté dans la ville flamande de Flushing (Flessingue) pour tentative de contre-façon d'argent et utilisation de procédés destinés à aider des Catholiques séditieux. Il est condamné à une amende, mais aucune peine d'emprisonnement n'est retenue. Cette arrestation tend à nouveau à conforter la théorie d'un Marlowe espion : en cherchant à offrir cette fausse monnaie à la cause catholique, il est probable qu'il cherche à infiltrer les proches du comploteur catholique William Stanley.

Mort

Le 12 mai 1593, la police, perquisitionnant au domicile de Thomas Kyd, un dramaturge auteur notamment de La Tragédie espagnole, y découvre le fragment d'un essai contre la Trinité, ce qui rend celui-ci coupable d'hérésie, considérée alors comme un crime. Kyd est soumis à la question sous la forme du supplice du chevalet, et il finit par avouer que ces papiers appartiennent à Marlowe, et qu'ils se sont mêlés par erreur aux siens à l'époque où ils partageaient la même chambre. Il charge Marlowe, disant qu'il est irréligieux, athée, violent, cruel, qu'il aime à proférer des blasphèmes sur Marie, sur le Christ et saint Jean. Le Conseil privé lance contre Marlowe un mandat d'amener le 18 mai, et le 20 mai Marlowe se présente au Conseil. Après l'avoir entendu, le Conseil ne juge pas utile de l'emprisonner ; il lui demande simplement de se tenir à sa disposition tous les jours. On ignore si ce sont les déclarations de Marlowe qui ont paru satisfaisantes au Conseil, ou si ce sont les anciens services rendus qui lui font bénéficier d'un régime autrement plus doux que celui subi par Kyd

Dix jours plus tard, le 30 mai 1593, Marlowe n'a pas suivi les recommandations du Conseil privé de se tenir à sa disposition, puisqu'il se trouve à Deptford, petite agglomération située alors en dehors de Londres, accompagné de trois autres personnes : Ingram Frizer, Nicholas Skeres et Robert Poley. Les historiens proposent plusieurs hypothèses sur son départ de Londres. Soit Marlowe est sur le point de s'enfuir, par exemple pour l'Écosse — Deptford est un port — pour échapper à l'enquête du Conseil privé. Soit il agit dans le cadre d'une nouvelle mission d'espionnage ordonnée par le Conseil, au moins une des trois personnes, Robert Poley, étant un espion avéré. Soit enfin, il s'agit d'une mise en scène pour éliminer Marlowe, qui pourrait compromettre des hauts personnages s'il était soumis à la question comme Kyd17.

Le soir de ce jour, le coroner, William Danby, appelé pour un homicide, recueille le récit suivant fait par les trois compagnons de Marlowe, seuls témoins du drame. À 10 heures du matin, ils se trouvent chez la veuve Eleanor Bull qui tient une auberge. Ils y déjeunent, puis se promènent tranquillement dans le jardin de la maison jusqu'à 18 heures. Ils rentrent alors pour dîner, et après le repas, Marlowe va s'allonger sur un lit dans la même pièce, tandis que les trois autres personnes restent assises à table, dos à lui, Frizer étant encadré par les deux autres. Une dispute s'engage alors entre Marlowe et Frizer au sujet de la note à payer. Au bout d'un moment, Marlowe se lève, saisit la dague que Frizer porte dans le dos comme il est d'usage alors, et frappe deux fois celui-ci à la tête, lui faisant deux estafilades longues de 5 cm. Frizer, coincé entre ses deux compagnons, ne peut s'enfuir, et il doit, pour sauver sa vie, lutter avec Marlowe. Il lui saisit la main, parvient à retourner l'arme et l'enfonce profondément dans l’œil droit de Marlowe, qui meurt sur le champ18.

Ce récit est jugé satisfaisant par le coroner et par le jury, qui considèrent que Frizer n'a pas fui, qu'il n'a pas cherché à se soustraire à la justice, et qu'il a agi en état de légitime défense19. Un mois plus tard, le 28 juin, Frizer obtient son pardon de la cour qui agit au nom de la reine. Pendant des siècles, la mort de Marlowe a fait l'objet de spéculations, car les circonstances du drame, rapportées par divers intermédiaires aux motivations différentes, restaient obscures. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que l'érudit américain, J. Leslie Hotson, découvre dans les archives criminelles le rapport du coroner résumé ci-dessus, puis les documents du procès, et enfin, dans d'autres archives, quelques éléments de la vie de Frizer et de Skeres.

Toutefois les circonstances de sa mort restent toujours mystérieuses : la version du drame n'est attestée que par les trois seules personnes présentes, qui auraient pu avoir intérêt à cacher la vérité. Ainsi les trois témoins reconnaissent que l'arme du meurtre appartient à Frizer, qui aurait pu tuer Marlowe, avant de maquiller cet acte en une dispute qui a mal tourné en se blessant, de manière volontaire, légèrement à la tête. Holtson a établi qu'Ingram Frizer est un « serviteur » de Thomas Walsingham, serviteur pouvant signifier aussi bien domestique que protégé, tout comme Marlowe était, dans ce sens, serviteur de ce même maître. Chacun de ces trois hommes est qualifié de « gentleman » dans le rapport du coroner, ce qui exclut qu'ils soient domestiques. Skeres est un intime de Frizer, et Hotson trouve trace d'affaires assez louches qu'ils mènent tous deux pendant plusieurs années après la mort de Marlowe, avant que Skeres ne soit arrêté « en très dangereuse compagnie » et mis en prison pour six années. Enfin Hotson établit que le dernier personnage, Robert Poley, est un espion à la solde de Francis Walsingham. Poley a notamment été chargé en 1586 de surveiller le complot de Marie Ire d'Écosse.

Hotson conclut que, contrairement à ce qui a souvent été écrit, Marlowe n'était pas accompagné de personnes socialement inférieures à lui, et qu'une dispute a fort bien pu éclater, entre égaux, pour une question de partage des frais, tel que cela a été rapporté

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