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 société Angélique

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chantara
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MessageSujet: société Angélique   Ven 29 Mai 2015 - 18:36

Parmi toutes les sociétés secrètes que connut notre histoire, il en est une assez mystérieuse, car peu connue de ses contemporains, qui avait pour nom « Société Angélique ». Patrick Berlier a consacré un ouvrage en deux tomes (voir en rubrique Librairie), à son histoire, ses rites, ses travaux, et à ses membres les plus éminents. Son livre est ouvrage de référence. Nous lui avons demandé de revenir sur la genèse de cette société, qui a vu le jour à Lyon au XVIème siècle.

La connaissance de cette société et des groupes qui l’ont précédée nous est délivrée très partiellement, et de manière cryptée, par ses contemporains, Rabelais en particulier. Il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour la voir révélée à un public de connaisseurs par les multiples articles d’un érudit nommé Claude-Sosthène Grasset d’Orcet. Répartis dans l’ensemble de son œuvre féconde (composés d’articles parus dans la Revue Britannique ou dans la Nouvelle Revue), une dizaine d’entrefilets dissèquent son existence, ses origines et ses buts. En voici quelques uns.

En dehors des franchises ou bourgeoisies, il existait bien quelques sociétés particulières, organisées maçonniquement, comme la société angélique dont Rabelais faisait partie. Mais c’étaient des cercles littéraires, sans existence légale, qui n’avaient de communication avec les franchises nationales que parce qu’elles étaient composées de maîtres appartenant à diverses corporations.

Les Ménestrels de Morvan et de Murcie, Revue Britannique, 1884

C’est la première mention de la Société Angélique dans l’œuvre de Grasset d’Orcet. On sent qu’il connaît à fond le sujet, mais il n’en dit pas trop. Tout au plus nous précise-t-il qu’il s’agit d’un « cercle littéraire », il emploiera même dans un autre article l’expression « académie littéraire ». Il signale cependant que la société était composée de « maîtres appartenant à diverses corporations », il précisera également ultérieurement qu’il s’agissait de maîtres Gilpins, noms donnés aux membres des corporations des graveurs, que l’essor de l’imprimerie avait rendues très puissantes. Grasset d’Orcet signalera par ailleurs que la Société s’intitulait Angélique parce qu’un chef d’ange (che angel) est l’hiérogramme le plus fréquent des saingiles ou saint-gilpins.

Deux ans plus tard, revenant sur le thème de l’imprimerie à Lyon, Grasset d’Orcet nous livre l’information la plus aboutie sur la Société Angélique.

L’ancienne cité impériale [Lyon] était, vers le milieu du XVIe siècle […] un centre local de vie intellectuelle qui rivalisait avec la capitale. Le grand imprimeur allemand Gryphe venait de s’y établir. […] Autour de lui s’était groupée une pléiade de savants et de littérateurs qui s’intitulait la Société Angélique. Inutile de dire qu’il ne faut pas interpréter ce mot dans le sens séraphique qu’il a pris dans notre langage moderne. Aggelos signifie réellement messager, un porteur de nouvelles ; la Société Angélique de Gryphe était juste aussi angélique que l’agence Havas. On la nommerait aujourd’hui une agence de correspondance. Seulement, dans un temps où Pantagruel prenait si aisément les gens de lettres à la gorge, il fallait rédiger les correspondances dans un style tout particulier, qui se nommait alors le lanternois, le patelinage ou le grimoire.


On apprend ainsi deux informations capitales : le fait que cette société organisait la correspondance (de ses adeptes, cela va sans dire) selon un mode crypté connu sous le nom de grimoire, variante de la Langue des Oiseaux utilisant le principe des consonnes fixes et des voyelles permutantes, et le nom de l’homme à l’origine de la société, un imprimeur nommé Gryphe. Il s’agit de Sébastien Gryphius, qui recevra à titre posthume le surnom de Gryphe, imprimeur d’origine allemande établi à Lyon en 1523. Quelles sont les sources de Grasset d’Orcet ? Les écrits du père Jésuite lyonnais Claude Ménestrier, ou d’autres Jésuites comme Colonia, l’ouvrage en langue anglaise de Walter Besant sur Rabelais, entre autres, les deux étant cités plusieurs fois. Les Jésuites croient bien faire en amalgamant des groupes très différents et en leur donnant à tous le nom d’Angélique, et Besant véhicule une assertion que l’on retrouve par exemple dans l’ouvrage de Pierre Gauthiez Études sur le XVIème siècle (Lecène & Oudin, Paris 1893) qui précise que Gryphe avait formé autour de lui une société d’érudits et de savants, la Société angélique, comme elle s’intitulait par ironie. C’était là un de ces petits cénacles où se rencontrait et se développait, dans une fraternité d’esprit et d’études, ce que le XVIIème siècle appelait le « libertinage », ce que le temps présent nommerait « la libre pensée. »

Il paraît donc établi par plusieurs sources qu’à l’origine de la Société Angélique se trouve l’imprimeur Sébastien Gryphius. Mais concernant ce personnage, il est essentiel de consulter l’ouvrage que lui a consacré celui qui reste aujourd’hui encore son meilleur spécialiste, le très savant Henri Baudrier, auteur de la Bibliographie lyonnaise, ouvrage monumental en treize volumes (publiés entre 1890 et 1921). Or dans son tome VIII (1910), entièrement consacré à Gryphe, Baudrier apporte justement une précision capitale en affirmant que Pierre Gauthiez confond avec l’académie de Fourvière dite aussi l’Angélique […] établie par le très pieux président de Langes dans sa maison de campagne, riche en livres, médailles et curiosités. L’information, hélas, arrive dix ans après le décès de Grasset d’Orcet. Celui-ci ne pourra pas l’intégrer dans son œuvre, où jamais n’apparaît le nom de ce président de Langes, même si on y présente bien la Société Angélique comme une académie. C’est ainsi que naissent les légendes, mais Grasset d’Orcet par son incomparable esprit d’analyse a quand même su aller au-delà des données fournies par les historiens de son temps, en discernant la véritable essence de la Société Angélique, « organisée maçonniquement ». « L’incomparable grasset ! », disait Paul Arène à Maurice Barrès, en parlant malicieusement de l’oiseau.

Ces quelques citations suffisent à établir trois certitudes.

Un : la Société Angélique est bien une « académie littéraire », comme l’a pressenti Grasset d’Orcet.

Deux : elle semble devoir son existence au président de Langes et non à l’imprimeur Gryphe. Sur ce point Grasset d’Orcet s’est trompé, ou a été trompé, ou plutôt il a laissé passer une imprécision bien arrangeante. D’ailleurs, Gryphe vieillissant a bien pu laisser au jeune Nicolas de Langes les rênes d’un cénacle très discret dont il était le fondateur. La personnalité de Sébastien Gryphius ne doit pas être dédaignée, nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir un jour.
Trois : il y a identité entre la Société Angélique et la mythique Académie de Fourvière.


Mythique, l’Académie de Fourvière ? C’est l’avis de Jean-Baptiste Montfalcon, qui dans son Histoire de la ville de Lyon (Dumoulin, Lyon, 1847), croit devoir préciser : Cette société savante n’a jamais existé que dans l’imagination de Colonia. Colonia, c’est le Jésuite Dominique de Colonia, auteur d’une Histoire littéraire de la ville de Lyon (1730), dans laquelle il consacre un chapitre entier à cette Académie de Fourvière et de l’Angélique, assemblée littéraire composée des hommes les plus distinguez, dans l’Église, dans l’Épée ou dans la Robe. Il faut consulter l’ouvrage de Charles Malo La France littéraire (Paris, 1832) pour comprendre qu’en réalité ce n’était pas une académie au sens strict du terme, mais un groupe informel, se réclamant du sens antique du mot académie, le jardin où enseignaient les philosophes grecs.

Dans le vrai, l’académie de Fourvières, si toutefois elle mérite ce nom, n’était qu’un cercle de quelques amis qui s’occupaient ensemble de littérature, tel qu’il y en a eu dans tous les temps qui ne furent point des époques de barbarie ; et il y a loin de là à une académie semblable à celles qui existent de nos jours ; institutions permanentes assujetties à des statuts, et autorisées par le gouvernement.
Il n’est pas non plus bien certain que la maison possédée depuis, vers la fin du XVIème siècle, par Nicolas de Langes, où il rassembla beaucoup d’inscriptions et de monuments d’antiquité, et où il recevait volontiers les savans et les gens de lettres, soit la même que celle où, au commencement du même siècle, se réunissaient Humbert Fournier, et ses amis, Gonsalve de Tolède et André Victon, pour s’y livrer à l’étude et à des entretiens scientifiques.

Malo soulève aussi le problème des dates : l’Académie de Fourvière remonte au début du XVIème siècle, et c’est sur la fin de ce siècle que le président de Langes, Nicolas de son prénom, posséda une maison sur la colline de Fourvière où il réunissait savants et gens de lettres. Laquelle maison, effectivement, n’est pas celle où se réunissait l’Académie, bien qu’elle n’en soit que très peu éloignée. Pour comprendre, il faut se tourner vers un autre écrivain, Aimé Guillon, auteur de Lyon tel qu’il étoit ou tel qu’il est (Desenne, Lyon, 1797), qui précise :

En 1500, il existoit sur la montagne de Fourvières, une ancienne et célèbre académie, de laquelle étoient Clément Marot, Louise Labé, Symphorien Champier, le poëte Vouté, etc. Cette académie, ayant ressenti les effets du temps qui mine tout, fut renouvelée 70 ans après, par Nicolas de Langes, qui l’assembla dans sa maison située à Fourvières, à laquelle il avoit donné le nom d’Angélique.
Cette réorganisation de l’Académie de Fourvière en Académie Angélique par Nicolas de Langes, on en retrouve même la trace dans un ouvrage en langue allemande, Lehrbuch einer allgemeinen literärgeschichte, publié par Johann Georg Theodor Grässe à Leipzig en 1832 :

Mais qui était donc réellement ce Nicolas de Langes ? Pour le savoir, rien de plus facile, il suffit de consulter les diverses biographies existantes, comme la Nouvelle biographie générale publiée par Firmin-Didot en 1862, où à la lettre L nous trouvons cet article qui lui est consacré :

LANGES (Nicolas DE), surnommé Angelus, magistrat français, né à Lyon, en 1525, mort dans la même ville, le 4 avril 1606. Papire-Masson et Du Cange prétendent que sa famille descendait en ligne directe des anciens empereurs de Constantinople de ce nom. […] En 1570 il succéda à son parent de Pomponne-Bellièvre dans la charge de lieutenant général de la sénéchaussée de Lyon. L’estime générale qu’il s’était acquise par ses lumières, sa sagesse et sa droiture, lui mérita de la part des calvinistes des éloges qu’ils n’accordaient qu’avec peine dans ce temps de troubles aux magistrats catholiques. On en a un témoignage authentique dans les Mémoires de l’État de la France sous Charles IX ; l’auteur, calviniste, parlant du massacre de la Saint Barthélemi, exécuté à Lyon le 22 février 1572, déclare formellement que toutes les autorités furent d’accord pour la tuerie « hormis le lieutenant de Langes, qui était opposé à ce malheureux massacre ». […] De Langes, ami éclairé des lettres, réunissait dans sa maison de Fourvières un certain nombre de littérateurs et de savants : il en forma une académie qui dura longtemps.

Ou encore la Biographie universelle de Joseph Michaud (1819) :

Nicolas de Langes était amateur d’antiquités. Il avait formé une belle collection de médailles. Ayant acquis la maison où, dès le XVème siècle, siégeait l’académie de Fourvière, il y établit une société littéraire qui dura peu de temps ; mais la maison où elle tenait ses séances, s’appelle encore Angélique, du nom de son ancien propriétaire.

À noter que pour Firmin-Didot l’académie de Nicolas de Langes « dura longtemps », alors que pour Michaud sa société littéraire « dura peu de temps ». L’antagonisme entre ces deux affirmations n’est qu’apparent. C’est vers 1552 que Nicolas de Langes acquit sur le flanc nord de la colline de Fourvière ce domaine qu’il nomma l’Angélique, et dans lequel il entreprit de réunir les membres encore vivants des groupes précédents, tels l’Académie de Fourvière, le cercle Sodalitum, la Société du Brouillard, etc. Les guerres de religions et les troubles de la Ligue l’obligèrent à cesser rapidement ces activités, qu’il ne put rétablir que sous Henri IV.




Beaucoup d’auteurs ont pensé que l’Angélique était la maison où se réunissait précédemment l’académie, c’est faux mais l’erreur est excusable vu le voisinage des deux demeures. Et d’ailleurs cela fait partie des « imprécisions bien arrangeantes » : pour rendre peu plausible une révélation relative à une organisation devant rester secrète, il suffit d’y introduire une petite erreur qui jette le discrédit sur la totalité du texte. Ainsi l’information passe, mais elle n’est pas prise au sérieux, sauf par les initiés qui savent faire la part des choses. Grâce à ce procédé, l’Académie de Fourvière et l’Académie Angélique qui lui a succédé sont aujourd’hui encore considérées comme mythiques, ou comme d’aimables cénacles de désœuvrés, alors qu’elles étaient bien autre chose…

Dans toutes ces citations, il n’est question que d’une « Académie Angélique », pas d’une « Société Angélique », comme l’affirme pourtant Henri Baudrier. Y a-t-il vraiment identité entre les deux appellations ? Pour s’en convaincre, il faut faire appel à un ouvrage de référence, Mémoires de l’Académie Royale de Lyon, tome I, publié chez Léon Boitel à Lyon en 1845.

Les troubles qui agitèrent alors si violemment la population lyonnaise interrompirent les assemblées de l’Académie, et ce ne fut que sous le règne d’Henri IV, quand l’ordre et la paix furent rétablis dans le royaume, que Nicolas de Langes, premier président et lieutenant-général du présidial de Lyon, réorganisa la société et lui donna pour siège la maison de Fourvière où elle avait tenu si longtemps ses séances. Il avait acheté cette maison à cet effet et lui avait donné son nom l’Angélique, qui passa également à la société. Les réunions et les travaux de l’Académie Angélique ne se soutinrent probablement que jusqu’à la mort de Nicolas de Langes, arrivée en 1606 ; du moins il n’en reste pas de traces, et l’on ignore même les noms des membres qui composaient la société.

Cet extrait nous apprend que ce nom de l’Angélique, que Nicolas de Langes avait donné à sa maison, « passa également à la Société ». On ne peut pas être plus clair. Même si ce texte persiste à véhiculer la « petite erreur » concernant la maison. On note aussi que l’Académie Royale de Lyon se refuse à divulguer les noms des membres de ladite Société, qu’elle prétend ignorer, alors que d’autres sources les énumèrent largement. D’autre part, nous savons que Balthasar de Villars, l’époux de Louise de Langes, fille de Nicolas, poursuivit l’œuvre de son beau-père durant une partie du XVIIème siècle. C’est lui qui introduisit notre Chartreux préféré Dom Polycarpe de la Rivière dans la Société Angélique, et sans doute aussi le peintre Nicolas Poussin.

Un dernier texte, pour terminer sur une note ravissante. Cet extrait du Bulletin des Sciences historiques, tome 18ème, publié à Paris en 1831 par un dénommé Champollion, nous apprend que l’Académie Angélique acceptait les femmes, lesquelles constituaient même son « plus bel ornement ». Mais nous y voyons aussi apparaître les noms de Guillaume du Choul, et surtout celui de son fils Jean du Choul, auteur de la première description du Mont Pilat (1555), ouvrage dont certains extraits laissent deviner l’appartenance à quelque mouvance secrète telle que l’ordre des Gouliards ou des Charbonniers.

Alors, sur les rians coteaux de Fourvières, s’élevait cette Académie Angélique, dont les femmes poètes faisaient le plus bel ornement : Louise Labé, Pernette du Guillet, Claudine et Sibyle Scève, et cette intéressante Clémence de Bourges, qui charmait les rois par ses accens mélodieux, et qui mourut à la fleur de l’âge en apprenant le trépas du héros qu’on lui destinait pour époux. Là, sans doute brillaient aussi la vertueuse Marie de Pierre-Vive, dont les contemporains ont célébré les louanges, et Jehanne Gaillard, que Marot avait surnommée la Plume dorée. […] Toutefois, durant ce beau siècle, la littérature d’agrément ne fut pas seule cultivée ; nos concitoyens s’occupaient aussi de travaux plus graves. Guillaume Duchoul publiait de savantes dissertations sur les antiquités romaines ; Jean, son fils, commençait à faire connaître la flore de nos contrées ;


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MessageSujet: Re: société Angélique   Mar 2 Juin 2015 - 15:39

La Société Angélique, encore appelée " le Brouillard ", est une société secrète littéraire et artistique, négligée par les historiens parce qu’elle n’a pas joué, apparemment, de rôle politique. Elle fut fondée par l’imprimeur lyonnais Gryphe au XVIe siècle.

Mais plus intéressant encore, la Société Angélique a entretenu des liens étroits avec la Rose-Croix « officielle » comme l’indique - outre la similitude entre la vignette illustrant les textes de la Rose-Croix parus en 1616 (serpent enlaçant une ancre) et le dauphin du Songe - la quasi-identité entre des passages des Noces chymiques de Christian Rosenkreutz et le Songe de Poliphile. Aussi « les écrits attribués au Souabe Johann Valentin Andreae (1586-1654) sont un précieux maillon de cette chaîne qui joint le Songe de Poliphile de Francesco Colonna, de 1499, le Cinquième Livre de François Rabelais, de 1564, le Voyage des Princes Fortunés de Bréroalde de Verville, de 1610. Par leur beauté littéraire et par leur richesse spirituelle, philosophique, ils démontrent l’intérêt non seulement scientifique d’une connnaissance approfondie d’une histoire de l’occultisme".

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MessageSujet: Re: société Angélique   Mar 2 Juin 2015 - 15:40

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